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23 août 2011

Travail enseignant : Reprendre la main sur le métier

Face à un climat de malaise grandissant, dans un contexte de dégradation du service public d’éducation, le SNUipp a mis en débat depuis plus d’un an la question du travail enseignant : recherche universitaire, enquête nationale, colloques, stages syndicaux... Les enseignants doivent reprendre la main sur leur travail et retrouver leur "pouvoir d’agir".

Plus de 5 ans de réformes continues et un décalage croissant entre le discours sur plus de justice et moins d’inégalités scolaires et les mesures mises en oeuvre : réduction du service public d’éducation avec moins d’heures de classe, toujours moins d’enseignants, plus de sélection, la fin de l’éducation prioritaire et de la scolarisation des 2 ans, le développement de l’excellence... Ainsi l’objectif de la réussite de chacun, selon ses talents et ses moyens, s’est substitué à la réussite de tous. Les enseignants semblent, dans ce contexte, être les seuls comptables des échecs des élèves et du système. Pour eux, l’école est souvent devenue la montagne de Sisyphe où chacun pousse son rocher en espérant qu’il ne retombe pas trop vite. C’est bien ce « chacun » qui pose problème aujourd’hui. Un « chacun » qui se combine avec une remise en cause de la professionnalité des enseignants et une perte de sens du métier.

Pour preuve, une réforme de la formation sans prise en compte des compétences et savoirs spécifiques de ce métier, ou encore l’idée qu’on peut, du jour au lendemain, se contenter de mettre devant des élèves quiconque aurait un certain niveau d’études. De plus, concernant les pratiques, les enseignants sont renvoyés, souvent de manière injonctive, à des modèles de pratiques décontextualisés, à une conception mécanique des apprentissages, à des évaluations à tout va... Et que dire du déni qui frappe les personnels des RASED taxés d’inefficacité et d’inutilité !

Malaise, souffrance... ne pas en rester là
Déjà en mars 2010, Fenêtres sur cours (n°338) ouvrait le débat en affichant à la Une "J’ai mal à mon métier", un titre qui traduisait un sentiment diffus mais bien réel, celui d’un malaise enseignant qui s’est progressivement répandu à des niveaux divers. Mais ce malaise, qui peut parfois se traduire par de la souffrance, fait apparaître quelque chose de plus complexe que cette remise en cause.
En effet le travail des enseignants n’est pas figé, la société non plus, des adaptations constantes aux évolutions sont nécessaires face à de nouveaux savoirs et savoirs faire à acquérir, de nouvelles demandes sociales, de nouvelles connaissances sur les processus d’apprentissage, etc. Et c’est plutôt d’un réel "empêchement d’agir" et "de faire du bon travail" dont témoignent les enseignants, rejoignant d’une certaine façon la remarque de la sociologue Françoise Lantheaume pour qui "la souffrance au travail n’est pas un problème individuel mais celui d’un groupe professionnel".

Le travail en chantier
Fin août 2010, à la veille de la rentrée, un nouveau dossier de Fenêtres sur cours s’est attaché à "Retrouver son pouvoir d’agir" en interrogeant les marges de manœuvre dont disposent aujourd’hui les professionnels pour faire reculer l’échec scolaire. Il semble bien que, dans un contexte plus que difficile, le travail enseignant passe par le jeu du collectif. Jeu collectif à plusieurs niveaux : celui du travail en équipe au sein des écoles, mais aussi celui de réflexions et d’actions collectives afin de reprendre la main sur le métier. Le SNUipp s’y est engagé en ouvrant le Chantier travail, "chantier" dans tous les sens du terme ! Parallèlement à la collaboration avec une équipe de recherche du Conservatoire national des Arts et Métiers, dirigée par Yves Clot, psychologue du travail, les rencontres avec les enseignants et enseignantes (stages syndicaux, réunions d’information syndicale, colloques) se sont multipliées dans un grand nombre de départements. C’est une réflexion qui a ainsi commencé au sein même des équipes syndicales départementales afin d’écouter ce que les enseignants ont à dire et d’échanger avec tous. Le SNUipp a aussi sollicité de nombreux chercheurs que ce soit au niveau de la FSU ou universitaire dans les domaines de la psychologie et et de la sociologie du travail, de l’ergonomie ou encore en sciences de l’éducation.

Sur la piste du travail
En mars dernier, le SNUipp a lancé une grande enquête sur le travail enseignant intitulée " Le travail en quête de sens ? Donnez votre avis !" à laquelle près de 6500 enseignants des écoles maternelles et élémentaires ont répondu entre le 4 avril et le 9 mai. Selon les résultats de cette enquête, on constate que si leur métier leur paraît très largement comme une source possible d’épanouissement et de satisfaction (71 %), les enseignants dénoncent fortement et en premier lieu les relations avec l’institution et l’absence de reconnaissance : des demandes institutionnelles très insatisfaisantes (81 %), suivies du salaire (72 %) et de l’évaluation du travail (65 %). Ils identifient très majoritairement les mêmes obstacles : effectifs, manque de temps, non reconnaissance et injonctions hiérarchiques... obstacles qui les empêchent de résoudre les difficultés rencontrées , notamment celles qui touchent à l’hétérogénéité des élèves et à la scolarisation des élèves en situation de handicap.

Reprendre la main sur le métier
Un colloque intitulé "Le travail enseignant en quête de sens, un métier à transformer" a été organisé par le SNUipp le 19 mai à Paris en partenariat avec le Café pédagogique. D’emblée, pas question de rester sur les simples constats de l’enquête et la question s’est imposée d’elle-même au cours de cette journée : "Comment reprendre la main sur le métier pour transformer l’école ? ".
Car il s’agit bien, comme l’a proposé la sociologue Françoise Lantheaume, de "sortir la question du travail de la déploration » pour « passer à l’offensive". Et pour elle, "si on veut que le travail sorte de la crise il faut repenser sa place dans la sphère publique", en mettant au centre des débats des questions comme le sens du métier d’enseignant, la polyvalence, la visibilité du travail ou encore très concrètement "les critères constitutifs de la qualité professionnelle" et le système d’évaluation du travail.

Mettre en débat bien sûr, mais aussi accepter la "dispute", comme l’a précisé Yves Clot, professeur en psychologie du travail au Conservatoire national des arts et métiers car on n’échappera pas aux "conflits de critères sur la définition du professionnalisme". Pour lui, le malaise du travail enseignant rejoint celui qui touche l’ensemble du travail aujourd’hui partout mis à mal. Ainsi la manière dont sont appréhendés "les risques psychosociaux" fait "qu’on requalifie un problème social en problème psychologique", alors qu’il s’agirait de redéfinir la qualité du travail et les critères pour ce faire, par le biais de disputes professionnelles. Comme il l’a rappelé : "les experts du travail sont les travailleurs eux-mêmes !"
- D’ailleurs c’est bien un exercice de dispute professionnelle qu’a livré Frédéric Saujat, maître de conférence en sciences de l’éducation à l’IUFM Aix-Marseille, en s’appuyant sur les pratiques de chacun des enseignants d’une école d’application de Marseille pour l’organisation de l’aide personnalisée. Bien faire son travail reste le centre des préoccupations. Et l’hypothèse de Roland Goigoux, professeur en sciences de l’éducation à Clermont-Ferrand, est "qu’une des causes de la souffrance est probablement que face à l’exigence d’apporter le maximum aux enfants, les enseignants ont l’impression de ne pas avoir pu donner le maximum", surtout "quand il se sentent insuffisamment armés y compris sur le plan didactique, sur le plan des contenus d’apprentissage et de la manière d’aider les élèves en fonction de leur particularité à apprendre et maîtriser des connaissances qui sont le cœur du métier". Manque de considération, injonctions contradictoires, accroissement des exigences, certes mais pour lui, "il y a une marge de progrès dans les compétences professionnelles ".

La dispute ne fait que commencer
Pour le SNUipp, ce travail ne fait que commencer et, à la rentrée, il va se poursuivre au niveau de la recherche bien sûr mais aussi sur le terrain. De nombreux dossiers sont en souffrance comme en ont témoigné par exemple en fin d’année les directrices et directeurs d’école. Entre des tâches exponentielles et des décharges qui ne bougent pas, le temps est en souffrance. Et si retrouver le temps de bien faire son travail de direction passait à la fois par une transformation de l’organisation du travail et par une redéfinition du contenu même du travail de direction ? Comment aider les élèves en difficulté ? De quoi a-t-on besoin pour bien scolariser les élèves en situation de handicap ? Quelles sont les places respectives des différentes fonctions qui impliquent des organisations de travail différentes (direction, spécialisation pour les élèves en difficulté, enseignants référents, conseillers pédagogiques ou maîtres formateurs) ? Qu’est-ce qui [me] dit que "j’ai bien fait mon travail" ? Quels outils d’évaluation sont-ils utiles et nécessaires ? Où sont les limites ?
La dispute professionnelle impose des débats contradictoires où les avis sont partagés, opposés ou tranchés. Il n’y a pas de réponses toute faites pour un travail complexe. Mais il y a aussi des valeurs à partager. Et pour le SNUipp, il s’agit de mettre tout en oeuvre pour que ce travail-là se poursuive.

 

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