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17 octobre 2018

Loi Blanquer, c’est non pour le Conseil Supérieur de l’Education

Lundi 15 octobre le CSE s’est réuni pour se prononcer sur la loi Blanquer, document qui a été fourni 8 jours seulement la tenue de ce CSE. Cette façon de faire montre une fois de plus le fonctionnement du ministre, qui semble persuader de détenir la vérité, le remède qui va tout résoudre. On en a connu d’autres, qui n’ont pas laissé un belle empreinte au MEN.

De fait, le projet de loi « pour l’école de la confiance » n’a recueilli que 3 avis positifs, 3 avis exprimés par les écoles privées…

Ce projet portait en effet l’abaissement de scolarité obligatoire à 3 ans alors 97% des élèves de 3 ans fréquentent déjà l’école et que cela va obliger les municipalités à financer les écoles privées davantage.

Le reste du projet de loi est un fourre-tout, qui permet quelques cavaliers législatifs. On y trouve le changement des Espé en INSP avec nomination des directeurs par le ministère, la création d’un Conseil de l’Evaluation de l’Ecole sous la coupe du ministère (remplaçant le CNESCO) encore une fois ou encore la refonte par ordonnance des instances de concertation que sont les CDEN et CAEN. Du dirigisme cousu de fil de blanc.

Expressions des votes : 34 contre dont le FSU, 15 refus de vote dont UNSA et CFDT, 5 abstentions et 3 pour.

Plus de détail sur la loi Blanquer

Le projet de loi de J.M Blanquer "pour une école de la confiance" présenté lundi au Conseil supérieur de l’éducation (CSE) s’apparente davantage à une "école du contrôle". C’est un projet qui transforme en profondeur le système éducatif sans répondre aux enjeux réels.

Le ministre l’avait pourtant assuré : il n’y aurait pas de "loi Blanquer" ni de changements de programmes, mais il n’aura pas résisté. Le dialogue aura une nouvelle fois manqué. Lundi 15 octobre, lors de l’étude de son projet de loi "pour une école de la confiance" au Conseil supérieur de l’éducation (CSE), vingt organisations présentes ont de nouveau déploré le fait qu’on légifère sans s’être donné le temps de la concertation.

Scolarisation des 3 ans et moins

Le premier élément du projet de loi qui devrait être examiné en Conseil des ministres début décembre concerne l’instruction obligatoire des enfants de 3 ans. Une annonce de façade puisque la quasi-totalité de ces enfants de cet âge sont déjà inscrits et par le fait que le projet de loi n’impose pas suffisamment de conditions pour que cette scolarisation soit source de réussite. Le SNUipp et la FSU ont demandé que soit explicitement ajouté que la scolarisation obligatoire concerne autant les enfants français ou étrangers. Cet amendement a été voté à une très large majorité par le CSE (59 sur 63). Pour autant le ministère n’a pas intégré cette précision qui résonne pourtant fortement dans l’actualité. Par ailleurs, l’abaissement de l’âge obligatoire va accroître le financement de l’école privée par les deniers publics et contraindre les communes à financer l’école privée, ce qui ne va pas dans le sens de la mixité sociale et scolaire. Les dispositifs « moins de 3 ans » pourraient également être mis à mal.

D’une évaluation indépendante à l’auto-évaluation du ministère

Le SNUipp-FSU a aussi mis en garde contre l’ouverture de l’école à des officines associatives comme Agir pour l’école qui déjà bénéficient d’appuis ministériels pour imposer ses protocoles aux enseignants. Les retours sur ces expérimentations montrent que cela ne prend pas appui sur le volontariat et que les protocoles à suivre réduisent les collègues à des exécutants.
Par ailleurs, le ministre, par la loi , veut supprimer le CNESCO (Conseil national d’évaluation du système scolaire) dont le travail, très utile pour les enseignants et les chercheurs a été salué par un rapport parlementaire. Il sera "remplacé" par un Conseil d’évaluation de l’école (CEE), dont huit membres sur dix seront désignés par le ministère. L’évaluation perdrait ainsi son caractère indépendant et évacuerait complètement les enseignants. Le ministère ferait donc son auto-évaluation, bien pratique pour éviter la contradiction et valoriser ses partis pris.
La loi permet de contrôler aussi les centres de formation des maîtres. Les ESPE seront remplacées par des INSP, Instituts nationaux supérieurs du professorat, avec des directeurs et directrices nommés par le MEN. Sous couvert d’impliquer davantage l’éducation nationale, il s’agit d’un verrouillage qui permet là aussi d’imposer les choix du ministre notamment sur le renforcement de la formation sur les fondamentaux. 

Dans le même ordre d’idée, le ministère annonce des « pré-recrutements » mais il s’agit en fait de confier aux assistants d’éducation "des missions pédagogiques" et donc de créer un vivier d’étudiants utilisés comme moyens d’enseignement à bas prix. Le SNUipp-FSU s’oppose fermement à des étudiants en responsabilité de classe et plaide pour une entrée progressive dans le métier dans le cadre d’un continuum de formation qui s’étend jusqu’au début de carrière (observation, pratique accompagnée, responsabilité, retour sur les pratiques ) et ce, avec un budget à la hauteur des enjeux.

Une authentique école de la confiance

Pour le SNUipp-FSU, l’école de la confiance, la vraie, est celle qui se construit pas à pas au sein des équipes pédagogiques. L’école de la confiance a un visage pour les familles, c’est celui de l’enseignant qui accueille et fait progresser leurs enfants. C’est bien parce que l’Éducation nationale est "un bien précieux" comme le dit le ministre qu’elle ne doit pas se priver de l’expertise et de la parole des acteurs.

Cette loi n’est pas de nature à répondre aux vraies questions qui sont posées à l’école aujourd’hui pour s’attaquer aux inégalités scolaires et permettre la démocratisation de la réussite de tous : qu’en est-il de l’abaissement des effectifs ? d’une formation continue ambitieuse des enseignants, de l’accroissement du nombre d’enseignants spécialisés, d’accompagnement pour réussir l’inclusion, des dispositifs moins de 3 ans, des maîtres en plus pour travailler différemment ?
Défaire est facile, construire une école de la réussite est plus difficile. L’école de demain, celle que les enseignantes et enseignants attendent ne trouvera pas les réponses à ses besoins dans cette loi qui a juste pour vocation de sécuriser les partis pris du ministre.

 

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